Critère 13 — mesure singulière (pas de densité)
33. Loi de Cantor

- Loi de Cantor est une distribution de probabilité continue et singulière. Elle est directement construite sur l’ensemble fractal de Cantor. C’est l’un des exemples les plus fascinants de la théorie de la mesure : bien qu’elle soit continue (sa fonction de répartition ne possède aucun saut), elle est portée par un ensemble de mesure de Lebesgue nulle et sa dérivée (la densité de probabilité) est nulle presque partout. Formules principales : Domaine de définition : La variable aléatoire X est comprise entre 0 et 1 (0 <= X <= 1). Construction par la somme binaire infinie : La loi de Cantor peut être rigoureusement vue comme la somme infinie de variables de Bernoulli indépendantes modélisées en base 3 : X = ∑ (de n=1 à ∞) [ Yₙ / 3ⁿ ] (où chaque Yn est une variable aléatoire indépendante qui prend les valeurs 0 ou 2 avec une probabilité de 1/2 pour chacune). Espérance (Moyenne) : E(X) = ½ Variance : Var(X) = 1 / (8 * 3) = 1 / 24. Fonction de répartition (CDF – Progression cumulée) : F(x) est construite par approximation fractale (l’escalier de Cantor ou « escalier du diable »). Entre les paliers de l’ensemble de Cantor, la fonction monte de manière monotone pour atteindre 1 en x = 1.
La loi de Cantor (Distribution de Cantor)
Contrairement aux distributions de probabilité classiques, la loi de Cantor ne possède aucune fonction de densité de probabilité f(x).
Si l’on tente de dériver sa fonction de répartition F(x), la dérivée vaut :F′(x)=0
presque partout sur l’intervalle]0,1[.
Pourtant, la probabilité totale accumulée vaut bien :1.
La loi de Cantor constitue ainsi un exemple célèbre de mesure singulière continue : la probabilité est concentrée sur l’ensemble de Cantor, qui possède une mesure de Lebesgue nulle.
Pour calculer les probabilités, il est donc nécessaire d’utiliser directement la fonction de répartition F(x), souvent appelée l’escalier du diable.
1. Formule analytique : conversion base 3 → base 2
La fonction de répartition repose sur une transformation d’une représentation ternaire en une représentation binaire.
Étape 1 : Décomposition en base 3
Tout nombrex∈[0,1]
peut être écrit sous la forme :x=k=1∑∞3kak
où :ak∈{0,1,2}.
Les chiffresak
sont les chiffres de l’écriture de x en base 3.
Étape 2 : Recherche du premier chiffre interdit
On recherche le premier indice :N
tel queaN=1.
Deux situations sont possibles :
Cas 1 : un chiffre 1 apparaît
Alors :N<∞.
Le calcul s’arrête au premier chiffre 1.
Cas 2 : aucun chiffre 1 n’apparaît
Tous les chiffres valent alors seulement :0ou2.
Dans ce cas :N=∞.
Étape 3 : Conversion en base 2
La fonction de répartition est :F(x)=k=1∑N2kbk.
Les coefficients binaires sont définis par :
Pour k<N
bk=2ak.
Ainsi :ak=0⟹bk=0,ak=2⟹bk=1.
Pour k=N
Lorsque le premier chiffre 1 apparaît :bN=1.
Puis le calcul s’arrête immédiatement.
2. Calcul détaillé du premier plateau central
La propriété remarquable de la loi de Cantor est l’existence de plateaux où la probabilité cumulative reste constante.
Étudions le premier plateau :[31,32].
Calcul pour x=31
Décomposition ternaire
31=0.13.
Donc :a1=1.
Indice d’arrêt
Le premier chiffre 1 apparaît immédiatement :N=1.
Conversion binaire
Par définition :b1=1.
Probabilité cumulative
F(31)=211=0.500.
Ainsi :F(31)=0.500
Calcul pour x=32
Décomposition ternaire
32=0.23.
Donc :a1=2.
Indice d’arrêt
Aucun chiffre 1 n’apparaît :N=∞.
Conversion binaire
b1=1
etbk=0(k>1).
Probabilité cumulative
F(32)=211+0+0+⋯=0.500.
Ainsi :F(32)=0.500
Conclusion du plateau central
Nous obtenons :F(31)=F(32)=0.500.
Toute la probabilité cumulative reste donc figée sur l’intervalle :[31,32].
Cela démontre algébriquement l’existence du premier plateau de l’escalier du diable.
3. Tableau de calcul de la fonction de répartition
| Valeur x | Écriture en base 3 | Indice N | Coefficients binaires bk | Somme binaire | F(x) |
|---|---|---|---|---|---|
| 91 | 0.013 | 2 | b1=0,b2=1 | 210+221 | 0.250 |
| 92 | 0.023 | ∞ | b1=0,b2=1 | 210+221 | 0.250 |
| 31 | 0.13 | 1 | b1=1 | 211 | 0.500 |
| 21 | 0.1111…3 | 1 | b1=1 | 211 | 0.500 |
| 32 | 0.23 | ∞ | b1=1,b>1=0 | 211 | 0.500 |
| 97 | 0.213 | 2 | b1=1,b2=1 | 211+221 | 0.750 |
| 98 | 0.223 | ∞ | b1=1,b2=1 | 211+221 | 0.750 |
Analyse de la structure fractale
Les valeurs calculées montrent que la fonction de répartition se fixe continuellement sur des fractions dyadiques :41,21,43,…
alors que les valeurs d’entrée appartiennent à une géométrie ternaire :91,92,31,32,97,98.
L’algorithme agit donc comme un traducteur exact :Base 3⟶Base 2.
Chaque chiffre0→0,2→1,
tandis que le premier chiffre1
déclenche l’arrêt du calcul et fige définitivement la valeur de F(x).
Conclusion
La loi de Cantor ne possède pas de densité de probabilité classique. Toute l’information probabiliste est contenue dans sa fonction de répartition :F(x).
Cette fonction est obtenue par une conversion systématique des chiffres ternaires de x en chiffres binaires. Les vastes plateaux observés dans l’escalier du diable proviennent directement de cette règle d’arrêt au premier chiffre ternaire égal à 1.
Ainsi, malgré une dérivée nulle presque partout,F′(x)=0,
la fonction de répartition passe néanmoins continûment de0
à1,
créant l’un des objets les plus remarquables de toute la théorie des probabilités et des fractales.

Loi de Cantor et fonction indicatrice d’appartenance
Rappelons la définition d’une Fonction indicatrice. Soit Ω un ensemble et . L’indicatrice de A est l’application
Notation équivalente : , , .
Identités :
Si A∩B=∅, alors
La loi de Cantor constitue l’un des exemples les plus profonds de la théorie moderne de la mesure. Elle montre qu’une probabilité peut être entièrement concentrée sur un ensemble extrêmement mince, l’ensemble de Cantor, tout en restant une probabilité parfaitement valide. La fonction indicatrice d’appartenance joue un rôle fondamental dans cette construction, car toute la théorie probabiliste repose finalement sur l’évaluation de l’appartenance ou non d’une réalisation à une partie de l’ensemble de Cantor.
1. Rappel : fonction indicatrice d’appartenance
Pour tout ensemble mesurable , la fonction indicatrice est définie par
Elle représente l’information élémentaire d’appartenance.
- signifie : l’événement est réalisé.
- 1 signifie : l’événement n’est pas réalisé.
Toute probabilité peut alors être écrite comme une espérance :
Ainsi, la probabilité n’est rien d’autre que la moyenne des appartenances.
2. Construction de la loi de Cantor
La variable aléatoire de Cantor s’écrit
où les variables indépendantes Yn prennent les valeursYn={02avec probabiliteˊ 21,avec probabiliteˊ 21.
Les chiffres ternaires possibles sont donc uniquement
Le chiffre 1 n’apparaît jamais.
Par conséquent, chaque réalisation de X appartient nécessairement à l’ensemble de Cantor C.
On obtient alors
3. L’indicatrice de l’ensemble de Cantor
Considérons l’événement
Sa fonction indicatrice vaut
Or, par construction de la loi de Cantor,
presque sûrement.
Donc
presque partout.
Par passage à l’espérance,
On retrouve alors
L’ensemble de Cantor porte donc toute la masse probabiliste.
4. Un paradoxe apparent : longueur nulle mais probabilité 1
L’ensemble de Cantor possède une mesure de Lebesgue nulle :
Pourtant,
Cette situation paraît paradoxale mais elle ne l’est pas.
La mesure de Lebesgue mesure une longueur géométrique.
La loi de Cantor mesure une masse probabiliste.
Ces deux mesures sont différentes.
L’indicatrice permet de le voir immédiatement :
alors que
La même fonction indicatrice produit deux résultats totalement différents selon la mesure utilisée.
5. Fonction de répartition comme moyenne d’indicatrices
La fonction de répartition de Cantor est
En utilisant les indicatrices,
À chaque valeur de , on calcule simplement la moyenne d’une fonction d’appartenance.
Lorsque x franchit une région du complémentaire de Cantor, certaines appartenances changent progressivement, ce qui produit l’escalier de Cantor.
Ainsi,
est une intégrale d’indicatrices d’appartenance.
La célèbre fonction du diable est donc une accumulation continue de décisions binaires « appartient ou n’appartient pas ».
6. Décomposition fractale des appartenances
Au premier niveau de construction :
L’indicatrice associée est
Au deuxième niveau :
À chaque étape, l’ensemble de Cantor se construit comme une somme d’indicatrices d’intervalles disjoints.
Finalement,
L’ensemble fractal apparaît donc comme une limite de fonctions indicatrices.
7. Interprétation probabiliste
Chaque chiffre ternaire représente un choix binaire :
On peut écrire les événements élémentaires
Leurs indicatrices sont
La totalité de la loi de Cantor est engendrée par une infinité de telles décisions d’appartenance.
La géométrie fractale naît donc d’une succession infinie d’indicatrices binaires.
Autrement dit :
- l’indicatrice répond à la question locale « appartient-il ? » ;
- la loi de Cantor répond à la question globale « avec quelle probabilité appartient-il à la structure fractale ? ».
8. Relation fondamentale
La relation centrale peut être résumée par
presque sûrement,
d’où
La fonction indicatrice d’appartenance exprime l’appartenance ponctuelle à l’ensemble fractal.
La loi de Cantor transforme cette appartenance en une mesure probabiliste singulière.
L’escalier de Cantor n’est alors rien d’autre que l’intégrale cumulative d’une infinité de décisions binaires d’appartenance organisées selon la structure fractale de l’ensemble de Cantor.
Synthèse
L’indicatrice décrit l’appartenance au niveau du point. La loi de Cantor décrit la distribution de ces appartenances au niveau de l’univers probabiliste. La seconde est l’intégration fractale de la première. C’est précisément ce qui fait de la loi de Cantor l’un des exemples les plus remarquables reliant théorie des probabilités, fonctions indicatrices, mesure et géométrie fractale.